L’un des points les plus sensibles du texte sur l’aide à mourir concerne le rôle du médecin. Les députés ont d’abord brièvement écarté les médecins de l’administration de la substance létale, avant de rétablir leur possible intervention. Derrière cette navette parlementaire, une question demeure : que devient la médecine lorsqu’elle est appelée à donner la mort ?
Un débat qui touche le cœur du métier médical

Le texte sur l’aide à mourir repose sur une distinction : l’auto-administration de la substance létale serait la règle ; l’intervention d’un soignant serait prévue lorsque la personne n’est pas physiquement capable d’accomplir elle-même le geste.
Mais cette distinction ne supprime pas la difficulté. Dans certains cas, le médecin ou un professionnel de santé pourrait être intégré au geste létal.
Or le médecin n’est pas un simple exécutant de procédure. Sa mission première est de soigner, soulager, accompagner, parfois renoncer à guérir, mais toujours rester du côté du patient vivant.
Une clause de conscience ne règle pas tout
On répond souvent que les médecins disposeront d’une clause de conscience. C’est nécessaire. Mais ce n’est pas suffisant.
Car la loi ne transforme pas seulement la liberté individuelle de tel ou tel praticien. Elle modifie la définition sociale de la médecine. Même si certains refusent, d’autres devront accepter. Des équipes devront s’organiser. Des patients devront se demander si le médecin qui les soigne peut aussi être celui qui provoquera leur mort.
Le lien de confiance est fragile. Il repose sur une certitude simple : celui qui me soigne ne me supprimera pas.
Tout compte fait
On peut écrire dans la loi que l’acte sera encadré. Mais l’acte reste ce qu’il est : administrer une substance pour provoquer la mort d’un malade.
La médecine palliative connaît déjà le refus de l’acharnement. Elle sait ne pas retenir une vie artificiellement. Mais ne pas s’acharner n’est pas donner la mort. C’est précisément cette frontière que le texte brouille.
Faire entrer le médecin dans l’acte létal, même à titre d’exception, change plus qu’une procédure. Cela change le sens du soin.

Parole pour tenir

« Je mets devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie. »
Deutéronome 30, 19
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