« Votre maladie ne se soigne plus. » Quand cette phrase tombe à l’hôpital, le monde s’écroule. Est-ce qu’à ce moment précis, le médecin doit tout de suite expliquer qu’on peut demander une piqûre pour en finir ? Si le docteur n’en dit rien, le malade passe à côté d’un droit, même si cela heurte sa conscience. S’il en parle tout de suite, il met cette idée dans la tête d’un homme qui n’y pensait même pas. Entre donner une simple information et donner une idée, la frontière est très mince.
Donner une information, est-ce que c’est déjà pousser la personne ?

D’abord, quand on vous annonce que vous êtes condamné, vous êtes totalement sans défense. Ensuite, dans ce moment-là, chaque mot du médecin pèse une tonne.
Si le docteur parle tout de suite de l’aide à mourir, le malade risque de comprendre la chose de travers. Ainsi, il peut se dire : « Si le médecin m’en parle, c’est qu’il pense que la mort est la meilleure solution pour moi. »
À l’inverse, si le docteur cache ce que la loi permet, il décide un peu à la place du patient. Donc, la neutralité parfaite n’existe pas. Mais il y a une différence fondamentale entre répondre à un malade qui demande la mort et venir lui en parler le premier.
Ne plus pouvoir guérir, ce n’est pas la fin de tout
Quand la médecine ne sait plus guérir une maladie, elle n’est pas sans armes pour autant. Pourtant, elle sait encore calmer le mal, écouter et épauler celui qui a peur.
Ainsi, les soins palliatifs regardent la personne dans son ensemble. Ils ne s’arrêtent pas aux tuyaux ou aux prises de sang, ils prennent en compte la douleur du corps, le moral en berne, les soucis de famille ou la foi.
Souvent, certains disent qu’on abrège les souffrances d’un chien malade par amour pour lui, alors pourquoi pas pour un homme ? Mais un être humain, ce n’est pas un animal. Pourtant, l’homme a un passé, des gens qu’il aime, une conscience et la capacité d’y réfléchir. Pour les chrétiens, chaque vie garde toute sa valeur, même très abîmée ou dépendante. La maladie ne retire rien à la valeur d’un homme.
Proposer d’abord d’accompagner la vie
On devrait peut-être prendre le problème à l’envers.
Ainsi, après avoir dit « nous ne pouvons plus vous guérir », le médecin devrait commencer par rassurer son patient. Il devrait lui dire clairement : « Mais nous avons encore plein de choses à faire ensemble. »
Il faut attaquer la douleur tout de suite. Par exemple, prendre le temps d’écouter les angoisses. Puis organiser la suite pour que le malade ne se sente pas abandonné. On reparlera des règles et des lois plus tard, quand le choc sera passé. Cela n’a pas besoin de venir tout gâcher au moment précis où le ciel vient de nous tomber sur la tête.
Avant de demander à un homme s’il veut qu’on l’aide à mourir, la première vraie question à lui poser est bien plus simple :
« De quoi avez-vous besoin pour vivre le temps qu’il vous reste ? »

Parole pour tenir

« J’étais malade, et vous m’avez visité. »
Matthieu 25, 36
La maladie incurable confronte l’homme à ses limites. Elle n’efface ni sa dignité, ni ses relations, ni la valeur du temps qui demeure.
Pour aller plus loin
- Claire Fourcade, Docteur en soins palliatifs : l’aide à mourir, c’est quoi ?
- De la fin de vie à la volonté de mourir : le témoignage d’Olivier Jonquet
Parlons-en !?
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