Proposer une chose, ce n’est pas l’imposer, bien sûr. Mais quand c’est un docteur qui amène le sujet devant un homme allongé dans sa chambre d’hôpital, la parole ne pèse pas le même poids. Le médecin, c’est celui qui sait. Le malade, lui, il souffre et il dépend des soignants pour tout, même pour boire un verre d’eau. Donner l’information sur une loi, ça part d’une bonne intention, mais l’amener soi-même au milieu de la pièce, ça change complètement la donne.
Proposer, ce n’est pas forcer, mais ça change tout

Dans notre pays, les textes disent clairement comment ça doit se passer : c’est le patient qui doit en faire la demande s’il veut qu’on l’aide à mourir. Le médecin n’a pas à prendre les devants. C’est uniquement si le malade ouvre la porte que le soignant doit lui expliquer la suite et lui parler des soins palliatifs.
Si un patient garde le silence, ça ne veut pas dire qu’il est d’accord, ni qu’il refuse. C’est juste qu’il ne dit rien, et personne ne peut deviner ce qui se passe dans sa tête à sa place.
Surtout que la parole d’un médecin n’est pas celle d’un voisin qu’on croise dans la rue. On lui fait confiance parce qu’il a fait de longues études et qu’il connaît la médecine. Alors si un homme fatigué entend son docteur lui dire tout à coup « vous savez, vous pouvez demander à mourir », il risque de comprendre autre chose. Il va se demander : « Est-ce que mon docteur pense que je ferais mieux d’en finir ? »
Est-ce qu’on est vraiment libre quand on n’a pas d’autre solution ?
Pour que ce choix soit valable, il faut qu’il soit fait en toute liberté. Ça paraît logique. Sauf que la liberté, dans une chambre d’hôpital, c’est délicat.
Quand on est seul, qu’on a l’impression d’épuiser ses enfants, ou qu’on souffre parce qu’il n’y a pas assez de monde pour s’occuper de nous, la liberté en prend un coup.
On a le droit de se poser la question : est-ce qu’on est vraiment libre de choisir la mort quand l’autre option (être bien soulagé et accompagné jusqu’au bout) n’est pas vraiment accessible faute de moyens ?
Proposer d’abord d’aider à vivre
Plutôt que d’amener l’idée d’en finir, un médecin a d’autres questions à poser en premier. Demander au malade s’il a peur, si le mal est bien calmé, ou s’il a l’impression de déranger son monde. Et chercher avec lui ce qui lui redonne un peu de goût.
À partir de là, il peut proposer des traitements plus forts contre la douleur, un soutien pour le moral ou de l’aide pour la famille.
Ce que la loi permet n’est pas une ordonnance qu’un docteur doit distribuer. Et quand un homme ne demande rien, son silence est une chose qu’on doit respecter. Avant de chercher comment faire mourir un patient, la médecine a encore beaucoup d’outils pour l’aider à traverser le temps qu’il lui reste.

Parole pour tenir

« J’étais malade, et vous m’avez visité. »
— Évangile selon saint Matthieu 25, 36
Quand la guérison n’est plus au bout du chemin, le métier de soignant ne s’arrête pas. Être là, écouter et apaiser le corps, c’est encore soigner.
Pour aller plus loin
- Claire Fourcade, Docteur en soins palliatifs : l’aide à mourir, c’est quoi ?
- 10 bonnes raisons de ne pas laisser la solitude décider de la fin de vie
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