Un patient gravement malade et perfusé échange avec un médecin tandis qu’une infirmière prend soin de lui.
Est-ce qu’on peut promettre à la fois de ne jamais abandonner quelqu’un et de l’aider à mourir ?
30 septembre 2026
Une aide-soignante lave délicatement le visage d’un patient gravement malade et perfusé.
Qu’est-ce que ça veut dire « soigner », quand la médecine ne sait plus guérir ?
30 septembre 2026

« Et si c’était votre mère ? » : l’histoire d’un médecin qui voulait baisser les bras

C’est une histoire arrivée dans ma famille en 1995. Ma grand-mère était très âgée, vraiment au plus mal. Un jour, ses poumons se sont remplis d’eau et elle s’est mise à étouffer. Le médecin est venu à la maison, il l’a examinée et il a dit qu’on ne pouvait plus rien faire, que ça ne servait à rien de la prendre en charge pour la soigner. Pour lui, la fin était là de toute façon.

« Elle va mourir très bientôt, ça ne sert plus à rien »

La guérison n'était plus possible, mais les dernières semaines passées auprès de ses proches avaient encore une valeur.

La garde malade, qui s’occupait d’elle tous les jours, a paniqué en entendant ça. Elle a tout de suite appelé un de ses enfants pour lui expliquer ce qui se passait. Ce dernier a demandé à parler directement au médecin. Il a confirmé sa décision. A ses yeux, la vieille dame était trop dégradée pour qu’on s’obstine.

Son fils ne s’est pas énervé. Il ne lui a pas demandé de faire un miracle ou de promettre la guérison. Il lui a juste posé une question toute simple :

« Si c’était votre mère à vous qui étouffait dans ce lit, vous feriez quoi ? »

Au bout du fil, il y a eu un gros blanc. Quelques secondes de silence. Et puis il a changé d’avis. Il a fait le nécessaire pour qu’elle soit prise en charge correctement.

Je ne connais pas tous les détails médicaux qui avaient poussé ce professionnel de soins à refuser au départ. Mais cette phrase a tout débloqué. Ma grand-mère n’était plus seulement un dossier médical lourd, une patiente usée dont la fin approchait. C’était la mère de quelqu’un, avec des enfants qui tenaient à elle.

Ses dernières semaines n’étaient pas de trop

Elle est morte quelques semaines plus tard, entourée de sa famille.

Les soins n’ont pas empêché la mort d’arriver, c’est vrai. Mais est-ce qu’il fallait pour autant la laisser partir ce jour-là sur un coup de tête ?

Cette histoire me revient souvent en ce moment quand on parle de la fin de vie. Ce n’est pas une affaire d’euthanasie. Il ne s’agit pas de faire la leçon aux soignants qui ont des décisions très dures à prendre. Mais ça montre un grand risque : se dire, parfois sans même s’en rendre compte, que ça ne vaut plus le coup de s’occuper d’une personne parce qu’elle va mourir sous peu.

Quand l’argent et le personnel viennent à manquer dans les hôpitaux, la tentation est encore plus grande. On risque de baisser les bras trop vite à cause de l’âge, de la fatigue ou de ce que coûte une journée de lit.

Bien sûr, poursuivre des traitements lourds qui font souffrir pour rien n’a aucun sens. Mais arrêter des tuyaux inutiles, ce n’est pas la même chose qu’abandonner quelqu’un. Son fils n’a pas demandé au médecin de rendre sa mère immortelle. Il lui a simplement demandé de la regarder comme il aurait regardé la sienne.

Ma grand-mère a vécu quelques semaines de plus auprès de ses enfants. Et ces quelques semaines-là avaient encore toute leur valeur.

Parole pour tenir

« Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi. »

— Matthieu 7, 12

Cette parole rejoint la question de mon père. Elle nous invite à considérer la personne vulnérable avec l’attention que nous souhaiterions recevoir nous-mêmes.

Pour aller plus loin

Parlons-en !?

Envie d’en parler ? Nos bénévoles sont là pour vous écouter sur le chat’, en toute bienveillance et anonymat :

Stories

A découvrir aussi...

2 septembre 2026

Aide à mourir : peut-on être certain d’un consentement vraiment libre ?

Sur le papier, le texte exige une volonté souveraine, « libre et éclairée ». Mais comment jauger l’autonomie d’un corps supplicié, laminé par la dépendance ou […]
✕