Quand les traitements ne marchent plus, est-ce que ça veut dire qu’il n’y a plus rien à faire ? Laver un malade, lui donner la soupe à la cuillère une bouchée après l’autre, lui mouiller les lèvres avec une éponge ou juste rester assis à côté de lui sans regarder sa montre… Tout ça ne sauvera pas sa vie. Mais ces gestes lui disent une chose immense : tu comptes encore pour nous.
Soigner et guérir, ce n’est pas la même chose

Guérir, c’est chasser la maladie. Soigner, c’est s’occuper de la personne qui souffre. C’est tout le sens du travail dans les services de soins palliatifs. Quand les médicaments lourds ne peuvent plus ramener la santé, on se concentre sur l’apaisement de la douleur.
Au fond, la vie se termine un peu comme elle a commencé. À la naissance, le petit enfant ne peut rien faire par lui-même. À la fin, la vieillesse ou la maladie redonnent cette même fragilité. Un adulte affaibli ne redevient pas un bébé pour autant. Il a toute son histoire d’homme derrière lui. Mais son corps abîmé demande la même douceur et la même protection.
Même si l’espoir de guérison n’est plus là, la présence, elle, reste nécessaire.
À quoi bon dépenser du temps pour quelqu’un qui va mourir ?
On peut poser la question de manière directe, sans tourner autour du pot : pourquoi fatiguer des soignants et dépenser de l’argent pour un homme qui ne s’en sortira pas ?
Le danger n’est pas forcément que les médecins deviennent indifférents du jour au lendemain. Le vrai risque, c’est qu’une petite idée s’installe doucement dans les têtes : « À quoi bon s’échiner puisqu’il va partir ? »
Si l’aide à mourir devient la réponse facile, cette manière de penser pourrait faire du dégât. Accompagner un malade pendant des mois avec du personnel au lit du patient, ça demande des moyens, alors qu’une décision rapide coûte beaucoup moins cher. On aurait tort de fermer les yeux sur cette réalité matérielle.
Le risque d’abandonner trop vite
Dans son métier, un médecin doit peser les risques d’un traitement ou d’un médicament. Il n’a pas à juger si la personne en face mérite ou non d’être soignée.
Mais si la société commence à baisser les bras trop vite pour les gens incurables, qu’est-ce qui garantit qu’elle ne fera pas la même chose demain avec des personnes qu’on aurait pu retaper avec un peu de patience ?
On ne dit pas que ça arrivera à coup sûr, mais la question mérite qu’on y réfléchisse.
Prendre soin de quelqu’un commence justement là où l’utilité ne compte plus. C’est pouvoir dire au malade : « La médecine ne sait plus te guérir, mais pour nous, tu restes un homme dont on doit s’occuper. »

Parole pour tenir

« Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin. »
Luc 10, 34
Dans la parabole du Bon Samaritain, l’homme blessé ne peut rien donner en retour. L’autre s’approche néanmoins de lui, soigne ses blessures, le transporte et prend en charge son hébergement. Le soin naît ici de la vulnérabilité rencontrée, et non de l’utilité de celui qui le reçoit.
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