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Comment les jeunes perçoivent-ils l’euthanasie ?

À vingt ans, le sang bat fort, l’audace soulève le monde et l’idéalisme se croit immortel. À soixante-dix, les saisons de la vie ont enseigné la fragilité des choses et la surprise des rebondissements inattendus. Quel âge détient le privilège du regard juste sur l’euthanasie ? Aucun, assurément. Chaque génération pense avec les ruines ou les promesses du monde qu’on lui lègue. Or, la jeunesse d’aujourd’hui hérite d’une liberté de choix vertigineuse, sur fond d’un avenir qu’on lui dépeint volontiers comme une menace.

Pense-t-on la mort de la même manière à 20 et à 70 ans ?

Jeunes adultes empruntant différentes directions à un grand carrefour urbain.

Contre toute intuition, les jeunes ne forment pas le bataillon le plus radical de la mort assistée. Une radiographie Ifop de 2024 révélait 84 % d’approbation chez les 18-24 ans, contre 90 % chez les aînés de 65 ans et plus. Surtout, la certitude inflexible y est plus rare : 35 % d’adhésion totale chez les premiers, contre 53 % chez les seconds.

L’âge ne livre pas une clé magique. L’inexpérience de la jeunesse côtoie la fraîcheur du regard, tandis que le grand âge charrie le poids des deuils, de la maladie et de la chair usée. Deux optiques, deux manières d’interroger l’abîme.

Chaque génération juge avec le monde qu’elle reçoit

Avoir vingt ans en 1914, en mai 1968 ou aujourd’hui n’a évidemment rien de commun. La jeunesse d’à présent doit apprivoiser des séismes techniques que ses pères ignoraient : manipulation du vivant, tri génétique, acharnement des machines ou protocoles d’aide à mourir.

À cela s’ajoute la litanie des anxiétés contemporaines : climat, conflits, mirages du logement, naufrage des retraites ou vertige numérique. L’opulence matérielle ne commande pas la paix de l’âme. Plus l’homme dispose de leviers pour décider de tout, plus la question de la boussole devient cruelle.

Beaucoup de liberté, mais quels repères ?

L’autonomie, le consentement, la souveraineté du moi sont des conquêtes précieuses. Mais suffisent-elles à éclairer la question centrale : qu’est-ce donc qu’une vie digne d’être vécue ?

Dès 2005, Joseph Ratzinger redoutait cette « dictature du relativisme » incapable de fixer le moindre absolu. La vertigineuse légèreté avec laquelle nous décidons de la mort redonne à cette alerte une urgence de feu. Le problème n’est pas de savoir si la jeunesse juge l’euthanasie avec sagesse, mais de mesurer ce que les générations d’avant lui ont transmis comme raisons d’espérer et comme amour de la vie.

Une personne âgée transmet un savoir-faire à une jeune adulte dans un atelier de menuiserie.

Parole pour tenir

Antoine de Saint-Exupéry écrivait :

« Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »

Une invite à élargir notre dette : nous ne leur prêtons pas seulement un sol et des arbres, mais le socle fragile de nos repères et la valeur sacrée que nous accordons encore à l’existence.

Pour aller plus loin

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