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Euthanasie et religions : à qui appartient notre vie ?

Le catéchisme moderne de l’autonomie érige le « moi » en souverain absolu : puisque mon corps m’appartient, pourquoi n’aurais-je pas droit sur mon trépas ? Mais cette évidence s’effondre hors des frontières de notre Occident fatigué. Judaïsme, christianisme, bouddhisme ou sagesses hindoues dessinent d’autres cartographies de la chair, du temps et de l’invisible. Cette polyphonie spirituelle nous entraine à poser la question originelle : avant de décréter ce que l’homme peut s’octroyer, ne faut-il pas redécouvrir ce qu’il est ?

À qui appartient notre vie ?

Les mains âgées d’un potier façonnent l’argile tandis qu’une main plus jeune accompagne son geste.

Nos évidences laïques ne résument pas l’aventure humaine. Lever les yeux vers les grandes traditions, c’est s’arracher au conformisme de notre époque.

Pour le judaïsme, dont l’éthique irrigue l’Occident, la vie est un don sacré qu’il est interdit de violenter. Si la tradition sait faire la part du feu en autorisant le retrait d’un acharnement stérile au moment de l’agonie, elle ne confond jamais le soulagement de la souffrance avec le suicide programmé. Le christianisme prolonge cette exigence : la vie est reçue en dépôt plutôt que possédée en toute propriété. Sa valeur ne dépend ni de la rentabilité, ni de la pleine conscience, ni des performances du corps. L’Église catholique enracine cette inviolabilité dans la loi naturelle, accessible à la raison de tous les hommes, bien au-delà du seul cercle des croyants.

D’autres rives parviennent à des freins similaires. Le premier précepte du bouddhisme interdit de trancher le fil de la vie, tandis que l’ahimsa, la non-violence radicale, irrigue toute la pensée indienne.

Le corps est-il seulement une enveloppe ?

Le christianisme confère à la condition charnelle une majesté inouïe. En effet, Dieu s’est fait chair. Et la promesse de la résurrection exclut que le corps soit un vulgaire sac d’os ou une geôle que la mort viendrait enfin purger.

Ainsi, les sagesses d’Orient articulent d’autres mystères à travers le karma, l’ātman ou l’impermanence bouddhiste. Ici le « moi » ne se réduit pas à l’individu souverain de notre modernité. Pourtant, malgré ces lignes de fracture métaphysiques, ces civilisations se rejoignent sur un point aveuglant. En effet, le corps humain n’est pas un objet malléable que l’on jette aux orties lorsque la fatigue l’emporte.

Existe-t-il des limites que l’homme ne décide pas ?

Aussi, vénérer les traditions ne signifie pas béatifier toutes les coutumes : l’histoire sanglante des sacrifices anciens rappelle que le sacré peut aussi fourvoyer les hommes. Donc, c’est tout le problème de la loi naturelle : existe-t-il des actes intrinsèquement destructeurs, que ni la souffrance, ni la loi des majorités, ni le confort d’un décret ne sauraient rendre justes ?

Notre modernité s’enivre d’une seule interrogation : « Ai-je le droit de choisir ? » Les traditions spirituelles, plus graves, exigent de nous une autre question : « Qu’est-ce que l’homme ? » Il faut répondre à la seconde si l’on veut éviter que la première ne devienne un piège.

Un homme observe l’océan depuis une longue digue de pierre après le retrait de la marée.
Parole pour tenir

Le Décalogue trace une ligne de crête inaltérable : « Tu ne commettras pas de meurtre. » Face au vertige de l’euthanasie, les religions ne livrent pas seulement de vieux catéchismes poussiéreux. Elles nous arrachent au sommeil de la technique pour poser l’ultime question : la souffrance accorde-t-elle à l’homme le pouvoir moral de tuer le vivant en lui ?

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