De quoi sera faite la fin de vie en 2040 ? Ainsi, l’histoire repousse les certitudes. Mais les options d’aujourd’hui ensemencent déjà les lendemains. L’aide à mourir s’ancrera-t-elle comme une pratique de dernier recours, basculera-t-elle dans l’ordinaire, ou apparaîtra-t-elle au contraire comme une impasse révolue ? Entre le cauchemar de la gestion et le sursaut de l’espérance, ces futurs en balance dessinent le sort que nous réservons à la vulnérabilité.
2040 : quand l’exception devient ordinaire ?

Dans les nations qui ont ouvert la voie, le comptage des morts par artifice s’emballe. Ainsi, en Belgique ou aux Pays-Bas, ces gestes pèsent désormais de tout un poids statistique sur l’ensemble des décès. Si ces trajectoires ne préjugent pas de notre destin, elles sonnent l’alerte sur le glissement insensible qui fait passer un acte d’exception au rang de procédure routinière.
Ainsi, sous la plume de Rod Dreher dans Le Pari bénédictin, la modernité se lit comme le fil d’une civilisation qui défait ses digues. Une question lancinante demeure : jusqu’où l’homme peut-il plier les frontières de l’existence au prétexte que ses machines le lui permettent ?
Le scénario noir : quand une existence devient un coût
Le cinéma d’anticipation de Soleil vert mettait en scène une planète à l’agonie où l’État planifiait la mort des encombrants. En 2040, le cocktail explosif du vieillissement, de la faillite des services et des restrictions budgétaires pourrait-il insinuer dans l’esprit des plus fragiles qu’ils sont de trop ?
Certes, nous n’oublions pas l’abomination de l’Aktion T4 nazi. Aussi, ce fut un meurtre de masse de vies jugées « inutiles ». Nous savons qu’elle ne se confond pas avec le suicide assisté d’aujourd’hui. Ainsi, elle dresse pourtant la limite sanglante à ne jamais franchir : le jour où une société évalue la dignité d’un être à l’aune de sa facture ou de son rendement, le pire est déjà en marche. Le risque le plus insidieux serait que la liberté formelle de mourir se mue, pour les démunis, en un impérieux devoir de disparaître.
Et si l’euthanasie devenait ringarde ?
Un autre 2040 demeure possible. Aussi, des thérapies anti-douleur enfin universelles, des palliatifs essaimés dans chaque bourgade. Aussi, une intelligence artificielle mise au service de l’écoute et une refondation des solidarités pourraient éteindre bien des appels au secours.
Une génération pourrait faire la paix avec sa propre dépendance. Elle comprendrait qu’avoir besoin des autres ne souille en rien la grandeur d’une vie. Après avoir proclamé la tyrannie du « moi seul », la société pourrait redécouvrir la beauté de l’interdépendance. Alors, l’euthanasie apparaîtrait non comme l’aboutissement de la civilisation. Elle serait comme le symptôme d’une époque qui avait abdiqué devant le devoir d’accompagner.

Parole pour tenir

Charles Péguy écrivait : « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance. » L’avenir ne porte aucune fatalité. En 2040, notre monde aura pu banaliser la mort industrielle, ou bien réapprendre, au creux de nos hontes, le prix infini de la vie partagée jusqu’au dernier souffle.
Pour aller plus loin
- Quelles leçons tirer des pays qui l’ont légalisée ?
- Soins palliatifs en fin de vie : ce qui change vraiment
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