Perspective d'un couloir d'hôpital calme et dépouillé, baigné par la lumière du matin à travers une verrière.
Point d’actualité – 2 juin 2026 (En amont de la Commission Mixte Paritaire)
3 juin 2026

Soins palliatifs en fin de vie : ce qui change vraiment

Le témoignage du Dr Sandrine BRESSAC, spécialiste en soins palliatifs en fin de vie

Les soins palliatifs en fin de vie souffrent d’une représentation collective erronée. On les imagine trop souvent comme l’antichambre passive et résignée du trépas. Le docteur Sandrine BRESSAC démonte ce mythe thérapeutique. Loin de l’inertie, elle décrit une médecine offensive, technique et active, dont le but est d’alléger la détresse organique pour redonner au patient la maîtrise de son temps, au point de permettre parfois des retours à domicile insoupçonnés.

Des soins actifs, avant même les derniers jours

Plaid en laine plié sur un fauteuil en bois, évoquant le confort physique et le soin apporté à l'environnement.

Sandrine BRESSAC insiste d’abord sur une réalité clinique méconnue : la médecine palliative n’est pas celle de l’agonie immédiate. Elle s’adresse aux pathologies incurables. Ce sont des cancers avancés, des affections neurodégénératives, des polypathologies du grand âge) dès lors que l’enjeu bascule de la guérison vers le confort optimal. Et les statistiques de son service à l’hôpital de Tours brisent une idée reçue. Entre un quart et un tiers des patients admis en unité de soins palliatifs en ressortent vivants pour regagner leur domicile ou leur structure d’hébergement (EHPAD). Ce chiffre atteste donc que cette discipline est un outil de stabilisation des symptômes et de restauration des forces, non un aller simple vers la mort.

Soulager le corps pour rejoindre toute la personne

Déjà, la souffrance en fin de vie ne se découpe pas en morceaux. Elle est globale, à la fois somatique, psychique et existentielle. Cependant, l’impératif biologique dicte sa loi. Un corps tyrannisé par une dyspnée asphyxiante ou des douleurs métastatiques est inapte à la moindre pensée réflexive ou relationnelle. Ainsi, la priorité absolue des équipes de soins palliatifs en fin de vie est de casser ce verrou physique. En ajustant les posologies de morphiniques, en apaisant l’anxiété respiratoire et en restaurant le sommeil, les cliniciens libèrent le patient de l’urgence de sa survie immédiate. C’est donc sur ce socle de confort corporel retrouvé que peuvent enfin émerger, sans être parasitées, les questions de sens, les peurs intimes et les adieux.

Les proches font aussi partie du soin

Ainsi, pour Sandrine BRESSAC, l’objet du soin dépasse l’individualité du malade pour englober la cellule familiale. Les proches arrivent épuisés par des mois de veille, traumatisés par les verdicts médicaux successifs et paralysés par l’imaginaire morbide du lieu.

Vue extérieure d'un arbre à travers une fenêtre ouverte, symbolisant l'ouverture des soins palliatifs sur la vie extérieure.

L’accueil est pluridisciplinaire. Elle associe d’emblée médecins, infirmières et aides-soignantes. Elle désamorce cette angoisse systémique. Offrir un espace de parole aux familles, leur expliciter les étapes cliniques et les soutenir psychologiquement ne supprime pas la tragédie du deuil. Cela leur redonne la disponibilité d’esprit nécessaire pour habiter pleinement ces derniers instants partagés, loin du chaos de la gestion de crise.

Conclusion

Les soins palliatifs en fin de vie n’occultent donc pas l’échéance de la mort. Ils s’engagent à ce qu’elle ne survienne pas dans le naufrage de la douleur évitable, de l’isolement institutionnel ou du renoncement humain.

Parole pour tenir

« Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. À ce titre, ils doivent être encouragés. »

Catéchisme de l’Église Catholique, Paragraphe 2279

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