À mes amis députés de gauche qui ont voté la loi « sur la fin de vie » mais reviendront sur leur décision lors du prochain vote
Par Bertrand du Marais, président, au nom des Poissons Roses, association qui regroupe des chrétiens de différents partis politiques de gauche.
Chère et Cher Ami député, toi, de gauche, lors du vote du 24 février 2026 sur l’aide à mourir, tu as fait partie des 299 députés qui ont voté favorablement à ce texte. Vous étiez moins nombreux que lors du vote du 27 mai 2025, qui avait recueilli 305 votes positifs. L’opposition à cette loi est passée de 199 voix à 226. L’écart s’est donc réduit. Lors de ce vote, tu n’as pas voté comme le député LFI, la députée écologiste, les deux communistes et les quatre socialistes, qui ont eu le courage de voter NON.
Finalement, toi, de gauche, tu as voté massivement avec tes collègues pour autoriser ce qui s’appelle « l’aide à mourir ». Toi, de gauche, tu n’as pas frémi au souvenir de la déclaration des droits de l’homme et tu as donné ton accord pour franchir ce Rubicon de la mort donnée. Toi, de gauche, tu n’as pas craint pour les plus fragiles, toutes ces personnes économiquement faibles, ces personnes handicapées, ces personnes âgées à qui leur entourage risque de faire comprendre qu’il serait peut-être temps de laisser la place et qui se retrouveront piégés par les impatiences des bien- portants.
Toi, de gauche, tu as fait confiance aux critères mentionnés dans le texte afin de constituer des garde-fous alors que tu sais bien que, partout où ce type de loi a été voté, ces critères ont progressivement été étendus. Ainsi, en Belgique, plus de 3,6 % des décès relèvent de cette loi, plus de 7,9 % au Québec et toutes les restrictions tombent les unes après les autres.
Toi, de gauche, tu pensais défendre une liberté et révérer un noble stoïcisme. Mais tu ne fais que consacrer un matérialisme individualiste que tu combats pourtant ardemment lors des réformes économiques.
Toi qui défends le collectif devant le libéralisme du marché, tu oublies que toute mort n’est pas une affaire individuelle mais embarque les familles, les voisins, bref toute la société.
Toi, de gauche, tu t’es laissé enfermer dans la bulle des sondages que l’Association pour le droit de mourir dans la dignité répand au mépris d’une réalité plus complexe. Car si personne ne souhaite mourir dans la souffrance et l’isolement, la majorité des gens préfère être accompagnée dans ce grand voyage et ne souhaitent pas l’euthanasie pour leurs proches. Dès qu’ils bénéficient de soins palliatifs, ils abandonnent leur désir d’euthanasie jusqu’à accepter des sédations adaptées à la dégradation de leur état.
Toi, de gauche, tu as confondu la dignité de mourir avec la volonté d’effacer ce moment essentiel de notre vie, quand nous touchons à notre humanité la plus nue dans une agonie qui revisite notre existence. Toi, de gauche, tu as mis ta raison et ton cœur au service d’une compassion détournée envers les malades. Mais il n’est pas trop tard. Actuellement, ce texte revient devant l’Assemblée nationale. Ce jour-là, toi, au nom de tes valeurs de gauche, tu pourras voter contre ce projet de loi.
Tribune du 23 juin sur Le Télégramme






