Quand une personne décide d’abréger sa vie avec l’aide des médecins, la décision vient d’elle. Mais une fois qu’elle n’est plus là, le choix qu’elle a fait s’impose à tout le monde. Dans une même fratrie, l’un a pu dire oui de bon cœur, tandis que l’autre s’y est opposé de toutes ses forces. À cela viennent se mêler de vieux secrets de famille, des jalousies étouffées, ou la douleur d’avoir manqué les derniers moments. Comment faire pour pleurer ensemble quand chacun ne garde pas le même souvenir de cette fin de vie ?
Quand chacun garde un souvenir différent de la fin

On n’arrive jamais neutre au chevet d’un proche qui va mourir. Chacun a sa propre histoire avec lui : celui qui venait tous les jours au lit du malade n’a pas la même vision que celui qui habite à l’autre bout de la France. Celui qui l’a vu souffrir chaque minute ne ressent pas la même chose que celui qui gardait une relation compliquée avec lui.
Et sur la question de la mort provoquée, la rupture qui existe dans la société se retrouve souvent sous le même toit.
Pourtant, pour réussir à faire son deuil, une famille a besoin de s’accorder sur une chose simple : de quoi notre proche est-il mort exactement ? C’est seulement à partir de là que chacun peut commencer à guérir. Si la vérité est cachée, si les circonstances sont disputées ou racontées différemment par les uns et les autres, ce terrain d’entente devient impossible à trouver.
Et quand la famille s’écharpe autour de cette fin de vie, la peine de la perte devient encore plus lourde à porter.
Est-ce que ça peut réveiller d’anciennes blessures ?
On sait bien que les histoires de gros sous au moment d’un héritage suffisent déjà à fâcher des frères et sœurs. Alors si l’on ajoute à cela une mort choisie, les reproches peuvent devenir terribles : « Tu voulais qu’il parte parce que tu étais fatigué de t’en occuper », ou pire : « Tu étais pressé de toucher l’argent. »
Même sans aller jusqu’à ces mots violents, la culpabilité et le jugement mutuel peuvent empoisonner les relations.
Il y a aussi une autre souffrance qui ne s’efface pas : l’impression d’avoir été volé du temps qui restait. Celui qui ne voulait pas de cette mort peut se dire qu’il restait un dimanche à partager, une parole à se dire, ou un pardon à s’échanger. Mais comme l’acte est définitif, personne ne saura jamais ce qui aurait pu se passer. Ce regret reste gravé dans le vide.
Qui doit porter le poids du choix une fois que le rideau est tombé ?
Avec les années, les certitudes peuvent vaciller. Celui qui a poussé pour l’euthanasie se demande parfois s’il n’a pas été trop vite. Celui qui s’y est opposé se demande s’il n’a pas gâché les derniers jours en faisant des reproches.
Bien sûr, cela ne se passe pas toujours aussi mal. Beaucoup de familles vivent cette étape dans le calme, convaincues d’avoir écouté jusqu’au bout ce que voulait le défunt. Mais pour d’autres, le doute et le sentiment d’avoir mal fait restent là, comme une ombre.
Alors, qui est là pour aider une famille qui se déchire autour d’un lit d’hôpital ?
Pouvoir se parler avec un médiateur, un psychologue ou un accompagnant spirituel, ce n’est pas un luxe. C’est ce qui permet de vider son sac avant que les mots prononcés ne blessent définitivement.
Parce qu’après la mort d’un père ou d’une mère, les enfants doivent apprendre à vivre sans lui. Mais après une euthanasie qui les a divisés, le plus dur est souvent d’apprendre à continuer de vivre ensemble.

Parole pour tenir

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »
Matthieu 5, 9
La paix familiale ne suppose pas que chacun pense la même chose. Elle peut commencer lorsque chacun accepte d’entendre ce que l’autre a vécu sans transformer son désaccord en accusation.
Pour aller plus loin
- Conflits familiaux et peur des dérives : ce que redoutent les Français
- 10 bonnes raisons de ne pas laisser la solitude décider de la fin de vie
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