On parle souvent du choix du patient. On parle moins du bouleversement vécu par les soignants. Pourtant, légaliser l’euthanasie ne changerait pas seulement une procédure. Cela modifierait aussi la mission de ceux qui ont été formés pour soigner, soulager, accompagner et tenir bon auprès des plus fragiles.
Une mission déplacée

Un soignant n’entre pas dans ce métier pour donner la mort. Il apprend à soulager, à diagnostiquer, à tenir compagnie quand ça devient dur. C’est pourquoi ce débat résonne comme une fracture pour beaucoup d’entre eux. En 2023, treize organisations représentant environ 800 000 soignants ont affirmé que l’euthanasie ne peut pas être considérée comme un soin — et réclamé un accès réel aux soins palliatifs sur tout le territoire. Ce point n’est pas secondaire. Si donner la mort devient un acte médical, quelque chose change dans la façon de regarder le malade. Il ne serait plus seulement une personne à accompagner, mais une situation à traiter.
Une conscience exposée
Le trouble n’est pas qu’une impression — il est documenté. Une revue publiée en 2025 dans Palliative & Supportive Care conclut que la participation à l’euthanasie ou au suicide assisté peut provoquer une détresse morale significative, avec des effets négatifs rapportés dans de nombreuses études. Ce n’est pas un geste technique comme un autre. C’est un acte qui laisse une trace indélébile : psychique, éthique, professionnelle. En France, les Ordres des médecins et des infirmiers ont demandé en février 2026 une clause de conscience explicite, mobilisable à chaque étape de la procédure. Si une telle protection paraît nécessaire, c’est que l’acte en question n’a rien d’ordinaire.

Des soignants moins écoutés, plus encadrés

Le malaise dépasse la conscience individuelle. Beaucoup de soignants ont le sentiment qu’on leur impose une évolution qu’ils n’ont pas souhaitée, dans un système déjà sous tension. Les équipes de soins palliatifs réclament des moyens, du temps, une vraie culture de l’accompagnement — pas des protocoles supplémentaires. Elles alertent sur une médecine qui deviendrait de plus en plus procédurale, standardisée, où le soignant serait moins un professionnel qu’un prestataire. Et derrière tout ça, une question reste posée : une médecine qui peut donner la mort soigne-t-elle encore de la même façon ?
Parole pour tenir

« J’étais malade, et vous m’avez visité. »
Matthieu 25, 36
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