Parler d’argent devant la mort n’est pas une insulte à la dignité. C’est un acte de vérité. Une société qui triche avec ses chiffres finit par tricher avec ses mourants. Les soins palliatifs coûtent cher. L’euthanasie aussi. Mais la comparaison est un piège si elle oppose une injection de quelques secondes à des semaines de présence humaine. Regarder le prix des soins, c’est choisir ce que l’on finance ou ce que l’on abandonne. C’est décider si l’on investit dans l’homme ou si l’on solde son existence. Il faut choisir.
Le prix du visage

Le coût est là. Il est réel. Il est brut. En France, on nous annonce un passage de 1,6 à 2,7 milliards d’euros pour les soins palliatifs d’ici dix ans. Trois cent vingt euros : c’est le prix d’une journée d’hospitalisation à domicile pour l’Assurance maladie. Ces chiffres peuvent effrayer le comptable. Mais que valent-ils face aux 72 000 euros d’un traitement d’immunothérapie ou aux 300 000 euros d’une thérapie génique ? Rien. On accepte de payer des fortunes pour la technique, mais on hésite devant le prix d’une main tenue. La vérité est simple : la médecine contemporaine sait financer la machine, elle a oublié comment financer la présence. On préfère l’outil à l’homme.
Le calcul du vide
Si l’on compte mal, l’euthanasie gagne toujours. En comptabilité brute, supprimer la vie est forcément « coût-neutre ». C’est l’économie du silence. On compte l’acte, on compte les seringues, on compte les lits libérés. Et après ? Après, on oublie de compter le coût humain. On oublie le traumatisme des soignants, la détresse des familles, la fin des recherches sur la douleur. Une solution moins chère sur le papier est une société plus pauvre dans sa chair. C’est l’absurde porté à son sommet : évaluer une vie humaine comme une charge que l’on optimise. On ne gère pas une fin de vie, on l’accompagne. Ou on la liquide.

La richesse de la fragilité

La vraie bataille n’est pas entre la dépense et l’économie. Elle est entre le soin et le chaos. Les études le disent : les soins palliatifs, surtout chez soi, évitent le gâchis des hospitalisations inutiles. Ils sont « efficaces » parce qu’ils sont humains. Mais leur richesse est ailleurs. Elle est dans ce million d’emplois, dans ces treize millions de bénévoles qui tiennent la société debout. Le soin n’est pas un gouffre financier. C’est une production. Une production de solidarité, de compétence, de lien. Accompagner la fragilité, c’est créer la seule valeur qui ne s’évapore pas : la preuve que nous appartenons encore à la même espèce. La même.
Parole pour tenir

« Les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires. »
1 Corinthiens 12, 22
Parlons-en !?
Envie d’en parler ? Nos bénévoles sont là pour vous écouter sur le chat’, en toute bienveillance et anonymat :







